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Un sari couleur de boue, de Kashmira Sheth

Leela, jeune indienne de treize ans, va devoir aller vivre d’ici peu avec son mari et la famille de ce dernier. Fiancée à deux ans puis mariée à neuf, la jeune-fille semble heureuse du choix que ses parents ont fait pour elle, enfant. Seulement… son époux va décéder avant qu’elle n’emménage chez lui. Elle devient veuve. Et dans les années 1920, être veuve et faire partie de la caste supérieure indienne, c’est porter malheur. La pauvre Leela, si joyeuse et coquette auparavant, va devoir retirer ses bijoux, se raser la tête, se vêtir d’un sari couleur de boue et rester cloîtrée un an chez elle.
L’adolescente et sa famille sont anéanties et ne savent comment éviter cette condition. Mais le frère de Leela, ainsi que la directrice d’école du village, ne l’entendent pas de cette oreille…

 

Mon avis : Je tiens à remercier Léa Touch Book, qui m'a lu avant de publier cet article, et donner quelques conseils pour les prochains avis :) J'en dis beaucoup sur l'histoire, donc si vous n'avez pas lu ce livre, et que vous ne voulez pas être spoilé, je pense qu'il ne vaut mieux pas lire ce long avis. 

 

Une remise en question de la société indienne dans les années 20, vu par une jeune fille de 13 ans touchée par le veuvage, son propre veuvage ! C’est une vraie leçon de vie, d’espoir et de courage que ce roman. 
Leela a 13 ans et est déjà mariée. Elle devrait bientôt célébrer son « anu » et vivre avec son mari. Malheureusement, ce dernier meurt, Leela se retrouve veuve à 13 ans. Sa vie s’arrête avant même qu’elle ait commencée. 

Toutes sortes de rituels doivent se mettre en place : elle doit se raser la tête, elle ne doit plus porter de bijoux, elle doit porter des chidris sombres, et ne plus mettre de couleurs, elle doit vivre enfermée pendant un an. Ce sont des rituels très difficiles à supporter pour une enfant, car oui, Leela est encore une enfant. Elle doit porter le deuil de son mari comme une adulte. 

A un moment donné, ça m’a révolté de voir les conditions de vie dans cette société, toutes ces traditions strictes. Comment faire comprendre à une enfant qu’elle doit se comporter comme une veuve ? C’est tellement injuste : elle a encore l’âge de l’insouciance. Surtout quand je vois sa Masi (sa tante) qui l’insulte de « raand »,  (ça veut dire veuve, mais c’est un terme péjoratif, une insulte) parce que ses habits de couleurs ou ses bracelets lui manquent. C’est le genre de personne à toujours faire attention aux apparences, aux préjugés, elle-même en est remplie. 

Elle va vivre une année difficile, mais ses parents malgré les rituels, sont très compréhensifs envers elle, et ne l’excluent pas totalement de la société : elle peut continuer à étudier à la maison. D’ailleurs Saviben, son professeur, est une bonne enseignante. Même si au début Leela ne comprend pas pourquoi elle doit continuer à étudier, puisque de toute façon elle est condamner à rester veuve toute sa vie, elle fait ses leçons. Elle écrit dans un cahier ses impressions, qui lui font prendre conscience de beaucoup de choses, et lit le journal tous les jours pour se tenir au courant de l’actualité. 

D’ailleurs en dehors de la maison et de son quartier, la vie n’est pas facile non plus : l’Inde est en guerre contre le gouvernement britannique, et les choses commencent à bouger avec Gandhiji, qui prône l’égalité homme/femme ; la suppression des impôts pour les paysans pauvres… 

Un personnage que j’ai beaucoup apprécié aussi est le frère de Leela : Kanubhai. Il est pour le changement des traditions. Il a 22 ans et est toujours célibataire (presque une honte à cette époque). On apprendra à la fin qu’il ne se mariera pas tant que Leela n’aura pas le droit de continuer ses études. C’est un frère aimant, protecteur, et même s’il ne vit plus chez ses parents, il est très présent pour sa sœur. Une phrase de Leela montre à quel point c’est un bon frère prêt à tout pour défendre sa sœur : « La coutume veut qu’un frère prenne soin de sa sœur en lui offrant des cadeaux, et s’en occupe si elle est dans le besoin. J’ai de quoi manger, m’habiller et un endroit où vivre : Kanubhai n’a donc aucune obligation envers moi. En veillant, depuis que je suis veuve, à ce que je ne sois pas malheureuse, il va plus loin que ne l’exige la tradition. » 

A la fin de son année de retrait, d’enfermement, Leela a muri. Elle sait ce qu’elle veut, et surtout elle sait qu’elle ne veut pas rester ici, enfermée chez elle, à supporter les préjugés de ses voisins. Elle ne fait plus de caprice, elle sait se défendre, défendre ses idées.  Elle veut continuer d’étudier pour devenir professeur. Elle veut participer au mouvement de Gandhiji, et faire changer les choses. Elle est prête à être une femme. 

 

Ce livre rentre dans le challenge D'un pays à l'autre.

D'un pays à l'autre